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Association d'une Jeunesse Active pour une Initiative d'

Aide au Développement en Inde




TAMIL NADU VEDARANIAM Gurukulam Septembre 2006
Thierry et Françoise sont allés à la rencontre de leur filleule en été 2006
Parrain ! Plus précisément, parrain et marraine. Mon épouse, Françoise et moi-même, nous avons pris la décision de parrainer une petite fille. Pourquoi ? Un tas de fausses bonnes raisons peuvent venir à l'esprit, de réminiscences d'images d'Epinal … De toutes façons, on ne comprend que bien plus tard.
Il faut apprendre à vivre à l'heure indienne, laisser aux choses le temps de se faire. Pourtant, tout va très vite ! Nous recevons déjà un courrier du Gurukulam (c'est l'orphelinat où vit notre filleule). Nous apprenons qu'elle s'appelle Djanaki, qu'elle a environ sept ans, qu'elle termine sa première année de scolarisation, quelques informations sur sa famille … Une photo ! Oui, un peu floue, très kitch, portrait tendance anthropomorphique. Qu'importe, elle est là. Quel choc. Il faut très vite se persuader que c'est un parrainage, pas une adoption. Pourtant, l'émotion est très forte. Ce p'tit bout de chou est entrée dans nos cœurs ; on dirait une chanson de Piaf.
Très vite, tout va très vite. Un autre courrier nous arrive. C'est une lettre de Djanaki. Là, nous fondons complètement. Bien sur, cette lettre est écrite en Tamoul. Bien sur, intellectuellement, on comprend qu'une petite fille en première année de scolarisation a du se faire aider pour rédiger ces quelques phrases. Mais quel bonheur d'établir le contact, de créer un lien entre elle et nous. Répondre, il faut lui répondre, tout de suite. Enfin, le plus vite possible. La foi, dit-on, soulève des montagnes. Armé d'un dictionnaire, d'une méthode de langue, d'un grain de folie et aidé de mon gourou, je rédige une lettre.

Elle part. Avec un peu de recul, j'ai l'impression que cette lettre, je me la suis écrite à moi-même. Je parle de nous, de notre famille, de la mer, des saisons, de choses dont je ne parle jamais, et qui sont enfouies au fond de nous-même.

C'est décidé, nous partons cet été. Il faut se préparer. Oui, mais comment ? On ne parle pas la langue, on ne connaît pas les Indes. Ah, oui, il faut des vaccins. Des visas aussi. Que peut-on lui apporter ? De quoi a-t-elle besoin ? … Il reste si peu de temps.

Finalement, nous partons. Un petit groupe d'une douzaine de personnes 'préparées' par l'association (des remerciements très sincères, et une profonde reconnaissance à AJAI ADI, et à Michel en particulier, qui ont rendu tout cela possible), constitué de quelques anciens, récidivistes au demeurant, et quelques 'bleus' dont nous faisons partie.

Trois heures du matin, arrivée à l'aéroport de Madras …

… bien plus tard, nous sommes aux portes du Gurukulam. Une boule au creux de l'estomac. Que va t-il se passer dans les minutes qui vont suivre, là, maintenant, tout de suite ? Voilà, nous sommes face à face. D'un côté le groupe de parrains, de l'autre le groupe des filleules. Le premier regard, la tension de part et d'autre, l'instant est magique, intense. Ca y est, Djanaki a reconnu Françoise, la tension se relâche sur son visage, elle ébauche un sourire timide. Elle est venue, elle vient de l'apercevoir, elle existe, elle est bien là. Moi, très ému, je me cache derrière mon appareil photo, je me laisse un petit répit.

Nous passons quatre jours au Gurukulam avec nos filleules. Au programme, quelques sorties accompagnées, à la mer, visites de marais salants, réserve naturelle de Point Kalimère, un village de pêcheurs … ?

Nous apprenons à faire connaissance, à communiquer, à nous aimer. Effacées les barrières de langues, de cultures, de milieux, c'est une petite fille qui retrouve une maman qu'elle n'a jamais connue. Tout le reste, la fatigue, la chaleur, le bruit, les images qui défilent derrière les vitres des bus ne sont qu'un diaporama en arrière fond. Tous ces enfants ont besoin d'amour, de tendresse, de chaleur humaine. Ils ont besoin d'être reconnus en tant qu'être humain, ils ont besoin de sortir de l'anonimat de l'orphelinat, ils ont besoin de sortir tout court. Maintenant, nous savons pourquoi nous sommes parrains, marraines, mais comment aurions nous pu le savoir avant?

Troisième jour, soirée magique. Soirée shopping ! Parrains, marraines et filleules sont 'lachés' dans le quartier marchand de Védaraniam (au fait, c'est le nom de la ville où se trouve le Gurukulam). C'est de la folie, c'est la course contre la montre.Les fillettes entrent au pays de Cocagne.

En deux heures, nous vidons les magasins (bon, d'accord j'exagère). Enfin, nous équipons les enfants pour l'année à venir, chaussures, petites chaussettes, savons, brosses à dents et dentifrice, peigne, huile de coco, une petite tenue de fête (oui, les enfants grandissent aussi aux Indes, il faut renouveler), une petite tenue d'intérieur pour le soir lorsqu'on retire l'uniforme, linge de corps, petits bijoux fantaisie, des bonbons, pour les plus petites quelques jouets, dinettes en plastique multicolore … Ce n'est qu'une fois par an, il faut penser à tout. Ce que l'on oublie aujourd'hui, ça ne sera plus avant l'année prochaine. Si vous ne l'aviez pas encore compris, les enfants eux le savent depuis longtemps.

Quatrième jour, il fait beau. Ciel bleu, sans un nuage.

C'est le dernier jour. Les visages sont graves. Au fur et à mesure que les heures passent, les regards deviennent tristes, voilés. Nul n'est épargné. On passe du rire au larmes. On dit, on se dit, que l'on reviendra l'année prochaine, c'est sur. Qui peut savoir ?

Dans l'après-midi, séance de courrier. Les filleules qui n'ont pas vu leur parrain ou leur marraine cette année rédigent des lettres à leur attention. Les 'grandes' aident les petites en Tamoul, un professeur supervise les lettres de celles qui rédigent en anglais. J'en profite pour souligner la gentillesse, l'attention, la chaleur humaine, l'amour que tous les professeurs de l'établissement que nous avons rencontrés portent aux enfants. C'est remarquable. Même les enfants qui ont eu la visite de leur parrain ou marraine cette année nous rédigent une lettre, à ouvrir plus tard. C'est peut-être ça, la 'malle' des Indes. Cela leur donne et nous donne l'impression de prolonger notre présence, au delà de notre départ.

Plus qu'une heure. Parrains, marraines, enfants … des petits groupes se forment et s'isolent. L'heure n'est plus à la communauté. Chacun veut se concentrer sur les derniers instants, graver ses souvenirs, dire ce qu'il n'a pas su dire, faire ce qu'il a oublié de faire, donner ce qu'il a à donner, donner, donner …

Le mini-bus nous emmène. Le ciel est lourd. Un silence pesant s'installe. Chacun face à ses pensées. Le ciel s'assombrit encore davantage. Ca y est, l'orage éclate. Le pare-brise ressemble aux chutes du Niagara. Les vitres ruissellent. Le chauffeur ne met même pas les essuies-glaces. Il pleut dans nos cœurs. C'est à l'intérieur que l'on a besoin d'essuies-glaces. Les yeux sont voilés, quelques larmes brillent. De toutes façons, les essuies-glaces, ça ne marche jamais aux Indes.


Roissy, Charles de Gaulle. La température au sol est de …

Et maintenant ?

Thierry et Françoise Eliroff